2.4 Escale à Tenerife

Volcan Teide Tenerife

Traversée de Lanzarote à Tenerife, 136 Miles Nautiques…

Le 4 novembre, nous levons l’ancre. Après ces quelques jours passés à La Graciosa et Lanzarote, un petit vent de NE bien sympa, nous pousse vers Tenerife (si vous voulez accéder à l’article précédent : Du Portugal aux Canaries). Ci-dessous, une image de notre départ de Lanzarote et le trajet que nous avons suivi vers Tenerife.

Départ de Lanzarote

De Lanzarote à Tenerife

Le vent est parfait pour envoyer le spi et permettre à FIDJI de s’en donner à cœur joie.

Notre belle voile bleu ciel et noire nous propulse au petit largue à plus de 7 nœuds de moyenne. Nous nous relayons à la barre car dans ces conditions lorsque nous portons le spi, ni « Antoine » notre régulateur d’allure, ni le pilote automatique électrique ne s’en sortent pour prendre durablement le relais.

À cette allure, le barreur doit savoir anticiper les coups de roulis et les moments où le voilier veut lofer et quitter sa trajectoire. Une erreur lorsque l’on avance assez vite sous spi peut faire mal et casser quelque chose. Il vaut donc mieux rester vigilant et barrer nous-même.

Le soir, nous affalons le spi et repassons sous génois. Nous perdons de la vitesse mais pouvons à nouveau confier la barre au régulateur d’allure et nous reposer un peu.

En effet, on attrape des crampes à la nuque à force de regarder la « lèvre » supérieure du spi pour barrer finement.

Le tapis roulant des alizés

Pendant cette petite traversée, nous sentons que nous avons changé de régime de vent. Car à partir des îles Canaries, le vent devient beaucoup plus régulier que sur la côte ouest de l’Europe.

Nous sommes dans l’est de l’anticyclone des Açores et c’est le tapis roulant vers le sud qui s’accélère. Le vent est puissant, régulier et il vient (presque) toujours plus ou moins du nord. La présence de grandes îles très hautes comme les îles Canaries perturbe beaucoup ce flux qui peut être stoppé ou accéléré selon les angles, la position des îles et leurs divers reliefs. Ce n’est qu’une fois que l’on s’éloigne vraiment loin des îles que l’on retrouve un flux normal. On le voit bien sur l’image ci-dessous du vent dans les îles Canaries.

Le vent aux Canaries

Personnellement j’adore cette sensation de jouer, d’imaginer, de comprendre et de visualiser d’en haut ma position et mon minuscule voilier qui profite d’une masse d’air aussi immense que l’anticyclone des Açores pour avancer !

Tout en me concentrant sur mes voiles, en mer j’imagine Christophe Colomb à l’époque où il croisait par ici. Il ne connaissait pas et ne pouvait pas comprendre le phénomène des alizés que nous pouvons aujourd’hui si facilement visualiser d’en haut, avec l’ensemble du globe. En passant par les Canaries, il s’apprêtait à découvrir ce vent puissant et régulier qui allait emmener les trois caravelles, la Santa Maria, la Pinta et la Niña jusqu’aux Antilles. Nous sommes, comme tant d’autres avant nous, dans leur sillage !

Nous traçons notre route et au final nous mettons moins de 24 heures pour rejoindre la capitale de Tenerife, Santa Cruz ! Contents d’arriver, car nous n’avons pas beaucoup dormi.

Les images de l’arrivée à Santa Cruz :

Santa Cruz Tenerife vue du large
Santa Cruz de Tenerife

L’Ile de Tenerife

Pour vous la présenter rapidement, il s’agit de la plus grande île de l’archipel des Canaries, d’une surface de 2000 km2 environ. À titre de comparaison, la Guadeloupe fait 1600 km2. Tenerife compte plus de 900 000 habitants, la Guadeloupe 400 000.

Son sommet est un volcan très impressionnant, le Teide, qui culmine à 3718 mètres. Il est l’un des trois plus grands volcans du monde après deux de ses cousins situés à Hawaï. On y trouve de la neige ! Il s’agit d’un atout touristique majeur que l’île met en avant avec succès depuis longtemps.

En effet Tenerife est une île particulièrement touristique et cela se voit. Cela dit, même si nous sommes opposés au tourisme de masse, l’île nous a vraiment séduite pour de multiples raisons que nous allons développer dans cet article.

Ci-dessous, Tenerife et le volcan Teide vu du large.

Tenerife - Iles Canaries
Le volcan Teide vu du large

Arrivée à Santa Cruz, capitale de Tenerife

Nous accostons dans la marina de Santa Cruz. Tout de suite, la ville nous surprend car elle est bien plus grande et active que nous l’imaginions. Ça grouille de partout, mais on se sent beaucoup moins à l’étroit qu’à Lisbonne.

La ville est pourtant construite au pied et sur les montagnes qui l’entourent. Ça monte tout de suite en altitude et de nombreux immeubles sont directement construits à flanc de montagne.

Les bâtiments sont modernes et « design ». On retrouve Auchan, appelé ici « Alcampo », Carrefour et les autres. La mondialisation – standardisation touche les îles les plus éloignées, nous en auront d’ailleurs la confirmation tout au long de notre voyage.

Des tours, des grandes entreprises, des monuments anciens et des infrastructures récentes. Tout est grand, moderne et bien entretenu. Nous nous regardons assez stupéfaits car nous ne nous attendions pas du tout à trouver une ville comme celle-là.

Place de Santa Cruz
Monument de Santa Cruz Tenerife

Place de Santa Cruz
Ville de Santa Cruz

Ville de Santa Cruz
Marina de Santa Cruz Tenerife

Nous sommes complètement bluffés par le réseau de transport en commun

Le plus étonnant pour nous à Santa Cruz : les transports en commun ! Incroyable cette densité ! C’est vraiment bien organisé et il y a même un tram super moderne équipé de wifi gratuit !

Même à Nantes on ne trouve pas ça. Pour bien vous rendre compte, n’oubliez pas que dans ce récit nous sommes en 2008 !

À la gare routière de Santa Cruz, nous avons compté une soixantaine de lignes de bus avec des départs très fréquents qui emmènent les gens dans toute l‘île ! Même jusqu’au téléphérique du mont Teide à près de 3000 mètres d‘altitude ! Nous n’avons jamais vu ça auparavant.

Ci-dessous, une photo prise à la gare routière de Santa Cruz, vous avez la date et même l’heure des prochains bus. Et le fameux tramway avec wifi à bord.

Lignes de bus Santa Cruz
Le tramway de Santa Cruz

Connaissant bien les îles françaises des Antilles, lorsque je découvre le réseau de transport de Tenerife, je reste vraiment songeur. En effet, la différence est phénoménale ! En Martinique par exemple, pas moyen de prendre un bus entre l’aéroport de Fort de France et Le Marin, ni dans un sens ni dans l’autre ! J’ai toujours trouvé ça dingue !

Bref, j’en connais qui ferait bien de s’inspirer de ce qui se fait à Tenerife…Les îles françaises ont aux Canaries beaucoup à apprendre !

On circule sur des routes toutes neuves avec des voies réservées aux transports en commun, une modernité remarquable. Bref, ça fait plaisir, on peut aller partout et visiter facilement les alentours.

Visite de Santa Cruz et de San Cristobal de La Laguna

Dans la ville de Santa Cruz, nous découvrons sa magnifique place, son marché et ses parcs. Le lendemain nous profitons du tramway pour rejoindre une ville située plus en altitude : San Cristobal de La Laguna, appelée aussi tout simplement « La Laguna ».

Il s’agit de l’ancienne capitale de l’île : jolies maisons authentiques, colorées, monuments du XVIIème et XVIIIème siècle…Le centre historique vaut vraiment le détour !

Avec son histoire de plus de 5 siècles, La Laguna est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

La végétation est surprenante, la population très agréable, on se sent juste bien. Et l’altitude rend La Laguna bien plus fraîche que Santa Cruz.

La Laguna Tenerife
Le marché de Santa Cruz à Tenerife

Arbre de Santa Cruz à Tenerife
La Laguna - Tenerife

Départ pour Puerto de La Cruz et le volcan Teide

Le jour suivant, 7 novembre, réveil à 6h et départ pour une balade sur le Teide ! Nous décidons de passer par l’ouest afin de visiter aussi Puerto de La Cruz. Les bus nous conduisent jusqu’à La Caldera, lieu-dit dans la montagne.

Nous entamons ensuite une belle ascension à travers une magnifique forêt de pins et de sapins, très grands et très droits. Cela fait drôle, on a quitté les palmiers quelques minutes plus tôt pour se retrouver dans un environnement de Montagne. Nous sommes très proches des nuages, les aiguilles de pins recouvrent le sol, il fait presque froid et nous sommes en pull !

On découvre un chalet battis de pierre de lave et de rondins de pins avec la fumée qui s’échappe de la cheminée. Du coup on hésite à aller commander un vin chaud !

Ambiance de montagne à Tenerife
Grimpette sur le Teide

Sur le volcan Teide

Traverser les nuages

Je voulais vraiment le faire à pied, car c’est génial ! Nous montons toujours plus haut et doucement, nous traversons les nuages ! On se retrouve alors sous un grand ciel bleu, au-dessus d’une mer de nuages qui s’étend devant nous à perte de vue, superbe, grandiose, magnifique !

Sous ce soleil généreux, nous tombons les pulls, puis les T-shirt. Nous sommes tellement seuls dans les parages que nous allons finir à poil au soleil pour le pique-nique !

Pas un bruit, calme absolu, concert de silence.

Nous contemplons cette mer de nuage. Nous admirons le sommet enneigé du Teide qui en sort juste en face de nous…Et là vous vous en doutez, on se dit que c’est quand même merveilleux d’être là !

Sur la photo ci-dessous, on voit dépasser au dessus des nuages l’île de La Gomera !

Au dessus des nuages - Volcan Teide

Piedra de la Rosa et Puerto de La Cruz sur le retour

Au retour, nous découvrons la ‘’piedra de la rosa’’ (pierre de rose). Il s’agit d’une structure impressionnante en forme de rose, formée par l’éclatement de la roche volcanique en refroidissant ! Sur la photo on ne s’en rend pas compte mais elle fait 10 mètres de diamètre. On mesure un peu la chaleur et l’énergie qu’il faut pour éclater une pierre comme celle-là !

Pierre de rose Tenerife

Descente sur la route montagne Tenerife

La ville Puerto de La Cruz, nous la visitons dans la foulée, en fin d’après-midi. Cette ville est bien plus touristique que Santa Cruz, nous croisons beaucoup d’Allemand, des bus entiers venus acheter des souvenirs et des cartes postales.

Nous visitons le jardin botanique qui nous fait découvrir encore mieux la faune et la flore des îles Canaries. Très intéressant !

Pour finir, nous retrouvons notre maison-voilier dans la soirée, quelle journée, nous sommes crevés !

Courbatures, bricolages et préparatifs

C’est bien courbaturé que nous entamons la journée du lendemain ! Forcément, la montagne, ça ne pardonne pas !

Nous trouvons quand même le courage d’aller faire des courses. On trouve absolument tout ce qu’on veut et même bien plus dans les magasins. C’est organisé puisque nous pouvons amener les cadis juste à coté de FIDJI.

Ce n’était donc pas la peine de surcharger le voilier dès le départ comme nous l’avons fait. En partant de France, j’avais l’impression, sûrement à cause de mes livres peut-être un peu trop anciens, qu’il fallait tout prévoir ! Comme s’il n’y avait qu’en France que l’on pouvait se ravitailler et s’équiper correctement. La suite m’a prouvé que c’est complètement faux !

Certes il faut être bien préparé, mais moi j’avais un peu exagéré.

Nous passons le reste de la journée à bricoler, nous connecter sur internet pour tenir le blog, écrire nos mails et gardons un moment pour téléphoner à nos familles.

La traversée de l’Atlantique approche

Isa se remet en cuisine et prépare des bocaux en prévision de la traversée de l‘Atlantique qui est pour bientôt ! Le frigo que nous avons encore à ce moment-là n’est utilisable qu’au ponton lorsque nous sommes branchés, car il consomme beaucoup trop d’énergie !

En effet, dès qu’il est sur les batteries, il les vide en quelques heures ! Inutilisable ! Car pour nous il est hors de question de démarrer notre moteur diesel 5 ou 6 heures par jour pour faire tourner un frigo mal isolé ! C’est ce qu’on nous oblige à faire à bord des catamarans de charter qui sont souvent très mal équipés ! On ne va pas reproduire cette aberration chez nous.

C’est pourquoi les bocaux sont très importants. Isa prépare des ratatouilles, sauces bolognaises et autres légumes. Elle y met également de la viande et du poisson ! Cela se conserve très bien, à condition de respecter quelques consignes de stérilisation et d’hygiène, c’est pourquoi elle va vous écrire un article à ce sujet très bientôt !

Nous avons aussi un bon stock de lentilles, riz, pâtes. Et nous comptons sur la pêche évidemment.

Je ne fume toujours plus, mais l’envie est encore trop souvent présente. Heureusement qu’Isa me soutient, car je veux me libérer une fois pour toute de cette addiction ridicule. Partir en mer sans tabac reste une solution radicale pour vraiment tirer un trait là-dessus. Je suis content d’en finir avec la clope, victoire sur moi-même.

Hasta Luego Tenerife : Nouveau départ vers La Gomera et El Hiero

Le 9, nous quittons la marina pour aller mouiller de l’autre côté de Tenerife, à l’ouest.

Hasta Luego Tenerife ! Ce fut beaucoup trop bref, mais comme vous le savez, nous sommes un peu pressés et devons reprendre une activité professionnelle rapidement. Notre nouvel objectif est d’arriver pour Noël en Martinique, c’est évidemment le meilleur moment pour reprendre notre boulot, les charters en catamaran. Alors, on se promet de revenir à Tenerife un jour ou l’autre !

Nous avons beaucoup aimé cette île, elle a un vrai parfum de reviens-y.

Cote de Tenerife

Nous hissons la grand-voile pour une nouvelle croisière, levons l’ancre dans l’après-midi afin de traverser de nuit et d’arriver au petit matin à La Gomera.

L’île est toute proche et a la réputation d’être magnifique !

Elle va très vite le confirmer : Des années plus tard, La Gomera reste un souvenir merveilleux, au top.

On vous raconte ça au prochain épisode, pour le lire, c’est par ici : 2.5 Les îles de La Gomera et El Hierro

Patrick Belliot

Mata’i Nautisme

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