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Une femme et un homme sont sur un bateau

Une femme et un homme sont sur un bateau
27 juillet 2017 Patrick Belliot

Une femme et un homme sont sur un bateau

Au mouillage à Saint François en Guadeloupe

La voile : bastion tranquille du sexisme ?

Aujourd’hui nous avons envie de réagir suite à la lecture d’un article lu sur un blog « Voiles et Voiliers » qui nous a un peu interpellé. Il s’agit d’un article dans lequel l’auteur masculin accuse le monde de la croisière en voilier de « bastion tranquille du sexisme ». L’auteur affirme que l’homme capitaine responsable « bateau-technique » accompagné de sa femme limite soubrette responsable du « bateau-maison » représentent un fonctionnement « arriéré des années 50 ». Il le constate lui-même en grande croisière et prétend que cette situation serait « lié à l’âge avancé des plaisanciers ».

Ah oui, arriérés ?…Et bien cela nous donne envie de réagir

Bien sûr que les femmes mécanos-ingénieurs-techniciens-capitaines-pilotes (ou autre) existent et heureusement. Mais est-ce que nous sommes des « arriérés des années 50 » (bien que je sois né en 77) si nous admettons qu’il y a des métiers qui intéressent plutôt les hommes et d’autres plutôt les femmes ? Sujet houleux ? Qu’en est-il dans le milieu de la voile ?

Allez, on se lance, au risque de se faire jeter des pierres, à notre tour de donner notre avis. On ne va quand même pas se laisser traiter d’arriéré sans rien dire !

Capitaine, Marin : Masculin ou Féminin ?

Il y a des différences qu’on ne peut pas lisser, n’en déplaise à ceux qui pensent que c’est « moderne » de tout mélanger entre les sexes. Ou que c’est « super » et « moderne » de voir des femmes faire des boulots « de mecs » …Et bien oui, toutes les femmes n’ont pas forcément envie de s’identifier à Hélène Mac’ Arthur ou Isabelle Autissier, il y a des hobbies et des passions qui passionnent plus les uns et moins les autres.

Devinez la proportion de nos lecteurs masculins ou féminins par exemple, ce n’est pas du sexisme les statistiques jusqu’à preuve du contraire ! Les magazines nautiques d’une manière générale, ce sont en grande majorité, à 70 ou 80%, des hommes qui les achètent. Donc, constat : La voile, c’est au départ plutôt un truc de mec.

Quand les différences se regardent du côté positif

À notre avis, hommes et femmes sont différents parce qu’ils sont complémentaires, ils forment « une équipe » ! La nature dote les hommes d’une force physique supérieure, la femme dispose de la possibilité d’enfanter. Les différences sont nombreuses, elles viennent des origines. Ne pas le comprendre et le reconnaître, ne pas vouloir former une meilleure équipe, c’est ça qui nous semble « arriéré ».

Attention il ne s’agit pas d’homophobie, chacun ses choix de ce côté-là. Mais c’est la coopération et la complémentarité qui permettent d’être meilleur : Alors quoi de plus logique d’en tirer des enseignements utiles pour la vie de tous les jours, sur un voilier ou ailleurs ?

C’est ENSEMBLE que l’on construit des synergies, qu’on est plus efficace et performant.

Être libre de choisir

Être libre de ses choix nous semble évidemment indispensable. Qu’une femme ou un homme puisse exercer une profession généralement exercée par le sexe opposé, tant mieux. Mais cela n’a rien à voir avec la façon dont un couple va trouver (ou pas) son équilibre.

Chacun fait selon ses propres circonstances particulières qui sont extrêmement variées : Alors faire une généralité, c’est hasardeux. Chaque couple cherche son équilibre, les solutions sont multiples et la « modernité » on s’en fout, du moment que ça marche et qu’on est heureux !

À bord de notre voilier : Harmonie arriérée des années 50 ?

De notre côté, nous sommes dans une harmonie « classique » que certains pourraient donc qualifier de « fonctionnement à l’ancienne ».

Pourquoi classique ? D’abord c’est un rêve plutôt masculin, le mien : J’ai convaincu ma promise que ça allait être super de voyager en voilier. Un grand classique : « Ciel mon mari veut naviguer » (Un livre à ne pas louper). Coup de bol, ça lui a plu, mais ce n’est en aucun cas garanti au départ. Ces circonstances, on peut effectivement les considérer comme classiques ou fréquentes.

Autre chose de bien classique également chez nous : Quand il s’agit de préparer le voilier, je m’occupe de porter les bidons, préparer le moteur, vérifier le gréement, nettoyer l’hélice en apnée…Elle s’occupe de l’avitaillement, de préparer les plats à l’avance, et la machine à coudre n’est jamais bien loin.

Donc nous sommes différents et nous avons développé instinctivement une vraie coopération, en particulier lorsque nous travaillons ensemble.

Ce qu’Isabelle en dit :

« L’aventure en bateau me plaît, c’est certain. Je suis heureuse de la partager et de la vivre avec mon « professionnel » de mari car je la vis en toute confiance ! Si je suis, disons, « obligée » de participer aux travaux à bord, je le fais, souvent en soupirant. Je ne suis pas adepte du bricolage, ne prend aucun plaisir à me retrouver dans la poussière d’une ponceuse, dans la résine, la fibre de verre et sa charge, silice ou micro-billes, l’antifouling, le vernis…

Je suis ravie de n’être pas conviée à me glisser derrière le moteur (bravo à Pat qui le fait si bien alors que c’est si étroit) ou grimper dans la mature. En revanche, je m’intéresse beaucoup aux explications des pannes mécaniques, de l’installation des panneaux solaires, aux calculs de consommation électrique. Je ne boude pas les pinceaux, participer me fait plaisir, mais il est certain qu’entre une rando et une peinture, je choisis la rando.

Là où je trouve toute ma place de « travailleur » à bord, c’est dans l’accueil, les approvisionnements, la confection des repas, la couture. Et la couture à bord c’est sport ! Une housse d’annexe, un lazy bag, des taux de protection, des réparations de voile…. Ça ne se manipule, ni ne se coupe comme une petite robe d’été.

En bref, je ne suis pas « femme à tout faire » et Pat n’est pas « homme à tout faire », mais à nous deux, on est une équipe qui gagne, autant dans notre quotidien, dans notre voyage que lorsque nous travaillons ensemble ! Nous sommes parfaitement complémentaires. »

Lever les filets en navigation
Entretien du moteur voilier
Couture du génois en navigation
Isa à la barre d'un catamaran lagoon 570
Changement de gréement voilier

Distribution des rôles à bord

Alors voilà, chez nous les rôles à bord se sont définis sans problème, tirage au sort ou concertation : Naturellement. Isa se repose sur moi pour certaines choses, je me repose sur elle pour d’autres. C’est très agréable !

La nuit au large, dans la brise, elle n’a pas particulièrement envie d’aller à quatre pattes au pied de mat pour reprendre une bosse de ris ou empanner le tangon. Barrer pendant des heures dans une mer formée ne l’excite pas plus que ça. La maintenance du matériel, c’est mon rôle. Ce qui ne l’empêche pas de s’y intéresser et de prendre des notes.

Lorsque je rentre dans le carré, trempé et fatigué à cause d’une manœuvre quelconque, ma petite femme aura prévu de quoi me requinquer, me donner le courage d’y retourner…

Très souvent, le bricolage se fait à deux de toute façon, c’est quand même souvent le meilleur moyen d’aller plus vite.

petit carénage avant la traversée
Cuisine charter catamaran

Cela nous va très bien comme ça !

Chacun son poste, sa passion, ses intérêts, ses compétences, nous avons notre équilibre personnel…

Après, chacun fait comme il le sent. Naturellement, des couples de voyageurs aux fonctionnements différents existent. S’ils se sont bien trouvés, ils formeront eux aussi une solide équipe qui tiendra dans la durée. Parce qu’il y a toujours des marées hautes et des marées basses, avec des petits et des grands coefficients.

Quand ça crie à bord, il vaut mieux mettre le « holà » tout de suite, tant de couple se sont séparés suite à leurs pérégrinations nautiques. Quoi qu’il en soit, je ne ferai pas de généralité car nous avons rencontré beaucoup d’équipages fonctionnant de différentes façons.

Oublions donc les accusations de sexisme et les jugements à l’emporte-pièce. Que l’on voit systématiquement les hommes à la barre ou une femme faire une vidange, quelle conclusion voudrait-on en tirer, que les uns sont arriérés et les autres modernes ? Et bien nous ne sommes pas d’accord.

L’important c’est simplement de trouver le bon partenaire pour générer harmonie et complicité. Cela va permettre d’être excellent dans ce que l’on fait et alimenter l’amour que l’on se porte. Dans notre cas, après bientôt 12 ans de vie commune, il grandit encore chaque jour. Certains vont peut-être trouver ça arriéré et considérer comme moderne le fait de changer de partenaire plus souvent, mais évidemment, on s’en moque.

 « Ciel mon mari veut naviguer » !

Les femmes exceptionnelles comme Ellen Mac Arthur, qui nous a tellement impressionné et que nous aimons beaucoup (il faut lire « Du vent dans les rêves » !) ne courent pas les rues ! Car en général, « se les geler » en mer, c’est plutôt un truc de mec.

Ce constat n’a rien de « macho », il suffit de naviguer pour le constater. Quand j’étais moniteur à l’UCPA, c’était facile de compter les filles en croisière en Bretagne car il y en avait très peu…Surtout hors saison, c’était plutôt le rendez-vous des barbus bouffeurs de cassoulet, amateurs d’embruns salés et de chansons paillardes (« le curé de Camaret » …). Par contre aux Antilles sur la côte d’Azur ou en Corse, les filles étaient systématiquement majoritaires.

De surcroît, en tant que formateur de futurs marins professionnels, bien que les formations soient ouvertes aux deux sexes, je n’ai formé pratiquement QUE des mecs.

Quelle est l’explication ? Et si nous le demandions aux femmes directement, allez Mesdames, on vous écoute, merci de commenter cet article et de nous éclairer !

Sommes-nous modernes ?

Je réfute donc toute accusation de « machisme arriéré », car reconnaître que la nature pousse plutôt les hommes vers les activités qui sont rudes physiquement (et la mer peut-être très rude), ce n’est pas du machisme !

Aujourd’hui dans notre couple, nous nous connaissons vraiment bien après toutes ces années à vivre, naviguer et travailler ensemble. Nous sommes à des années lumière de nous poser la question de savoir si oui ou non nous sommes bien dans l’air du temps. Pourtant, dans la mesure où nous accueillons du monde à bord, le regard des autres nous importe.

Jusqu’à aujourd’hui, aucun de nos clients ne s’est plaint de voir que la répartition des tâches à bord était « à l’ancienne » ou manquait de modernité. Au contraire, ils nous ont plutôt encouragé en nous qualifiant systématiquement de « très bonne équipe ».

L’important c’est d’être heureux à bord sur la durée. Que l’harmonie s’installe, que la complicité grandisse, que les décisions soient prises en commun, que l’ambiance soit bonne…La sérénité, la compétence et la confiance sont des questions bien plus importantes que de savoir qui prend la barre et qui épluche les patates !

Alors nous ne sommes peut-être pas modernes, mais au moins nous sommes heureux !

Balade petite terre Guadeloupe

Patrick Belliot

Mata’i Nautisme

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