Tout l’été, j’y pensais, retournant la question dans tous les sens. La peinture de coque de FIDJI commençait à se décoller de partout. Lorsque nous étions dans un port, si nous avions la mauvaise idée de passer un coup de jet d’eau sur la coque, nous retrouvions pas mal de peinture dans l’eau.
Il fallait vraiment faire quelque chose, depuis un moment déjà.
De loin cela ne se voyait pas trop, mais de près… L’ancienne peinture, une bi-composante polyuréthane de marque Awlgrip (très réputée), avait 25 ans. Avec un œil avisé, on voyait bien que les conditions d’application, de la peinture comme du primaire, ne devaient pas être top à ce moment là.
En effet, par endroit il y avait des craquelures, des petites bulles, et surtout sur les parties proches de la flottaison, un effet « peau d’orange » parfois très prononcé.
Sur les images ci-dessous, on voit à quoi ressemblait la peinture au niveau de la flottaison, le contraste avec les zones que j’ai déjà commencé à repeindre est impressionnant.
Mais bon, avec 25 ans et ces milliers de milles parcourus, ces océans traversés, ces nombreuses années de stages de voile sous les tropiques, etc…on peut considérer que la peinture a de bonnes raisons d’être usée.


Et là, pour nous, alors que nous sommes fin 2024, il se trouve que la situation était idéale pour se lancer dans ce chantier.
En effet, FIDJI, qui nous a attendu sagement à Albany, dans le sud-ouest de l’Australie, était stocké au sec. L’été commençant juste en décembre, nous n’étions pas pressés par la saison, et la température, ni trop chaude ni trop froide, ainsi que le niveau d’humidité, y sont parfaits à la fois pour travailler, mais aussi pour le séchage de la peinture.
Et FIDJI fête justement ses 50 ans puisqu’il est de 1975. Vu le bonheur qu’il nous a apporté, il mérite évidemment un beau cadeau.
Nous nous sommes donc lancés, dès notre retour à bord fin novembre, sans savoir jusqu’où tout cela allait nous mener.
Nous avons commencé par des petites choses, comme le démontage de la plateforme du tableau arrière.
Et j’ai commencé à poncer.

Puis nos réflexions, nos rencontres, nos discussions, nos quelques erreurs, et surtout…nos surprises, nous ont emmenés bien plus loin que prévu dans le calendrier que nous avions envisagé au départ.
Pas de main d'œuvre à recruter
Première surprise, il a fallu se rendre à l’évidence au bout de quelques semaines : Impossible de trouver de la main d’œuvre disponible pour poncer avec moi. Le ponçage des œuvres mortes impliquant d’être en équilibre à plus de deux mètres du sol sur un échafaudage (très) bancal, je ne voulais pas d’une main d’œuvre « au black ». Je voulais embaucher en bonne et due forme un ou deux mecs du chantier où nous étions, pour qu’ils soient assurés en cas de chute ou autre blessure, tout simplement.
Et bien, cela n’a pas été possible. Le travail aurait été considérablement plus rapide si nous avions eu de l’aide pour poncer (ce qui représente 80 à 90% du boulot).
Mais non, ils n’étaient « pas disponibles ».
Il faut dire que poncer, c’est vraiment ce qu’il y a de plus ingrat, et de plus dur. Et quand ils m’ont vu poncer sans m’arrêter pendant des heures et des heures, peut-être se s’ont-ils dit qu’il valait mieux ne pas bosser avec moi ? Je ne sais pas.
La surprise sous l'antifouling
Deuxième grosse surprise, le résultat du « sodablasting » des œuvres vives.
Alors que j’ai déjà bien entamé le ponçage des œuvres mortes mi-décembre, j’appréhende énormément celui des nombreuses couches d’antifouling des œuvres vives qui s’accumulent depuis au moins 25 ans sur la coque de FIDJI.
Pourtant, s’il y a un endroit et un moment pour le faire, c’est bien ici, car en principe ce genre de chantier est très polluant et ne peux pas se faire n’importe où ni n’importe comment.
C’est là qu’un gars, un indépendant, se pointe avec un énorme compresseur installé sur une remorque. Il s’installe derrière nous au niveau d’un catamaran, nous l’observons. Équipé d’une combinaison d’astronaute et dans un boucan d’enfer, on le voit enlever en quelques heures tout l’antifouling de ce catamaran. Sa technique, c’est le sablage à la soude. Il nous explique alors que cette technique est beaucoup moins agressive que le sablage avec du sable, parce que les cristaux de soude explosent, ce qui permet d’enlever les couches de peinture sans abimer le support en dessous.
Je prends alors le temps de me renseigner sur cette technique, et voyant le bon résultat de son travail sur le catamaran, nous décidons de le faire venir pour enlever toutes les couches d’antifouling, pour repartir sur une coque propre.
Il vient juste avant Noël, il lui faudra un jour et demi pour tout enlever.

Le souci, c’est ce que nous allons découvrir sous l’antifouling.
Il nous laisse un gruyère.

À l’avant, près de l’étrave…
Avec le recul, on peut dire qu’il valait mieux s’en rendre compte avant de remettre FIDJI à l’eau : Il y avait un souci avec les couches de primaire epoxy qui protégeait la coque depuis 25 ans. Peut-être qu’elles ont été appliquées alors qu’il faisait trop humide, ou trop froid, ou les deux. En tout cas, le fait que l’epoxy ait sauté avec le sablage à la soude, même après 25 ans n’est pas normal.
Et on ne peut donc pas juste repasser de l’antifouling comme nous l’espérions, il va falloir reboucher ce gruyère au mastic epoxy, à la spatule, et protéger correctement FIDJI de l’osmose en lui remettant (cette fois correctement), des couches de primaires epoxy par dessus.

Les trous sont bouchés avec un mastic époxy qu’il faut poncer jusqu’à obtention d’une surface lisse
Ce n’était pas prévu. Et il va y avoir un maximum de ponçage à faire.
Sur le coup, cela fait un choc.
Mais bon, il faut assumer, et on a vraiment hâte de remettre à l’eau, alors on bosse. 7 jours sur 7.
Ponçage, mastic, ponçage, mastic, ponçage, primaire epoxy, ponçage, primaire epoxy, ponçage, peinture, etc…Pendant des semaines.
Et en plus, dans la mesure où le gérant du chantier (nous comptions un peu sur lui pour ses conseils techniques) est surtout absent, nous allons faire quelques erreurs, qui vont nous faire perdre encore plus de temps.

Ces heures, ces jours, ces semaines de ponçage…Ce fut vraiment très, très dur !


Au départ FIDJI s’appelait…DÉPOLUTION. Et on voit ici qu’il était bleu !


Et puis vint enfin le jour où la coque est prête pour la finition. Après toutes les couches passées au rouleau, nous faisons appel à des peintres pour qu’ils viennent passer deux couches finales de bi-composante polyurethane au pistolet sur les oeuvres mortes.
Quelle émotion ! La peinture de coque est terminée, ENFIN, incroyable !


Mais nous sommes déjà fin février.
Il nous reste encore des petites choses à faire.
Petites, mais la liste est alors encore assez longue, avec par exemple un nettoyage complet et la gestion de fuites au niveau des trappes de visite du réservoir de gasoil (en inox), l’entretien du circuit des drosses de la barre à roue, le changement de la bague hydrolube, l’installation d’une nouvelle grosse batterie de servitude, le changement de tout le bois pourri de la plateforme de bain, le changement de quelques tuyaux, l’antifouling, les nouveaux stickers, etc…

Après l’avoir vidé, ouverture du réservoir de gasoil

Une cuve toute propre !

Nouvelle plateforme de bain

Première couche d’antifouling en cours

Les nouveaux stickers !
C’est à ce moment-là que nous rencontrons des jeunes backpackers Français, Matteo, Clara et John, qui décident de venir nous filler un coup de main, super bienvenu.
Ils ne connaissent rien aux bateaux, mais ça les intéresse beaucoup, alors, ils viennent, tout simplement. Leur jeunesse et leur enthousiasme nous fait un bien fou !
Ils découvrent complètement notre monde, et ils ont, forcément, beaucoup de questions !

Clara et Mattéo nous passent un polish !

Mattéo et John installent la plateforme
Bref, nous finissons par remettre à l’eau, le jour de ma fête, le 17 mars 2025. E.N.F.I.N.
Pour fêter ça, nous emmenons tout le petit groupe faire un tour. Ils font de la voile pour la première fois. Les conditions sont idéales dans Oyster Harbour, mer plate, beau soleil, petit vent, le pied.
FIDJI vogue à nouveau, sa coque est dorénavant comme neuve !!



Et même plus que neuve parce qu’hyper protégée par une barrière epoxy qui va du pont au bas de la quille, International Interdeck sous la flottaison, et Norglass Shipshape au-dessus, deux excellents produits qui dureront très, très longtemps.
Heureux d’en avoir terminé avec ça ! Et maintenant, après ces quatre mois de chantier, nous voulons juste un truc : Profiter de notre beau voilier !
JOYEUX ANNIVERSAIRE FIDJI !

