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Le Sable : Enquête sur une disparition

Le Sable : Enquête sur une disparition
10 juin 2019 Patrick Belliot
Le sable : Enquête sur une disparition

Le Sable : Enquête sur une disparition

Il y a quelques années déjà, j’ai vu un documentaire Arte, réalisé par Denis Delestrac, au sujet du sable. Celui-ci m’a fortement marqué.

En effet, il m’a montré l’étendue de mon ignorance sur ce sujet très sérieux qu’est la surexploitation extraordinaire du sable. Pour beaucoup, la ressource semble inépuisable, évidemment, tout le monde pense au Sahara, comment pourrions nous en venir à bout ? Mais le fait est que même à Dubaï, ils manquent de sable pour construire leurs immenses gratte-ciels. C’est là qu’on apprend que le sable utilisé à Dubaï est en fait importé d’Australie (en particulier pour un projet immobilier pharaonique finalement abandonné).

Pourquoi ? Parce que le sable du désert, pour des raisons physiques, est inutilisable pour la construction. Inutilisable dans le béton, pour la fabrication de bâtiments ou de nos routes. Il est trop rond et trop fin.

Le sable : Enquête sur une disparition

Le sable, nous l’utilisons dans des quantités faramineuses pour nos routes et nos parkings, nos maisons, nos immeubles, nos stades, nos ponts, mais aussi en agriculture pour « désacidifier les terres »….

En tout cas, une fois mélangé à l’eau et au ciment pour en faire du béton, il devient irrécupérable.

D’où vient le sable ?

Il a fallu des milliers d’années pour que les plages apparaissent. Le sable provient de la désagrégation de roches ou des restes d’organismes vivants (coquillages et coraux). La dimension de ses grains est comprise entre 0,063 et 2 mm, il peut intégrer jusqu’à 180 minéraux différents et des débris calcaires.

Conclusion, le sable de notre littoral vient en grande majorité de l’intérieur des terres ! Ce sont les fleuves et les rivières qui l’amènent sur le littoral.

Mais ça c’était avant que nous dressions des barrages gigantesques sur presque tous les grands fleuves de notre planète.

Disparition du sable

Les industriels puisent allègrement dans cette ressource qui se fait déjà rare dans pas mal d’endroits du monde. Dans le documentaire, on voit des îles d’Indonésie, des plages du Maroc ou de Floride disparaître à cause de l’extraction incontrôlée du sable.

On y voit comment les industriels veulent puiser le Sable à quelques encablures des plages de Bretagne. On y apprend que le sable pris au fond de la mer fait progressivement « glisser » le sable des plages vers les fonds et tend à les faire disparaître.

On constate alors que pour une autre industrie, celle du tourisme, la plage et son sable sont un peu la base. Il en va de même pour l’immobilier, les immeubles ayant souvent été construits en zone précaire, en dépit de tout bon sens, beaucoup trop près de la mer.

Alors on se retrouve avec des communes qui, pour gérer la lente mais régulière érosion de leur littoral, se trouvent contraintes de prendre des mesures (d’essayer) pour qu’il y ait suffisamment de sable sur la plage.

Renflouement, dragage, drainage, sable de reconstitution et autres techniques…

Le sable : Enquête sur une disparition

Le sable : Enquête sur une disparition

Le sable : Enquête sur une disparition

Pour ceux qui comprennent l’Anglais, je vous ai trouvé ce petit passage (6 minutes) à propos de la technique utilisée aux USA, et que vous voyez ci-dessus en photo : le « beach nourishment » ou « sable de reconstitution » en français.

C’est très instructif, on y apprend de source sérieuse que 80 à 90% des plages de cet immense pays subissent une érosion massive. Certaines doivent être soumises au « beach nourishment » pratiquement tous les deux ans. À grand frais pour la communauté, bien entendu (mais pour le plus grand bonheur des entreprises qui doivent bien s’amuser à faire des tas de sable comme quand on était petit).

Il va de soi que de telles pratiques détruisent toute vie dans le sable. Les conséquences pour l’écosystème sous-marin sont forcément très graves, il ne faudra pas s’étonner si la vie disparaît des zones où ces pratiques sont mises en oeuvre.

Je vous propose également ce doc de France 2 (2 minutes environ).

Vous y verrez que ce n’est pas bien différent par chez nous. Voyez comment cela se passe pour la commune de Châtelaillon en Charente Maritime. Mais surtout ne vous inquiétez pas, les journalistes de France 2 ne trouvent rien à redire ni sur la situation, ni sur le procédé (au contraire) et ne posent pas de questions qui « fâchent » :

De notre côté, à la Baule, on a d’abord été se servir sur une dune de sable sous-marine, en 2004 près de Noirmoutier, pour en étaler 310000 m3 sur la plage.

Cette fois là, le sable était transporté par camion après avoir été déposé à Montoir par de nombreux allers-retours de barges. Le tout pour être ensuite étalé sur la plage.

Le sable : Enquête sur une disparition

Mais bien sûr, c’était prévisible, le sable est progressivement repartit.

Et le comble c’est qu’il s’accumule ailleurs dans la baie, par exemple dans le chenal et dans le port du Pouliguen, comme on le voit sur la photo ci-dessous).

Envasement - ensablement Port du Pouliguen

En tout cas, le prendre là où il est partit, pour le remettre chaque année sur la plage, cela coûterait beaucoup trop cher.

C’est pourquoi cette année, en janvier 2019, une nouvelle technique à base de drainage et maîtrisé par une société Nantaise, baptisé « Écoplage » a été mis en oeuvre. Il consiste (je simplifie) à creuser un sillon et à placer un tuyau permettant de collecter l’eau de mer sous le sable. À deux mètres sous la surface. Celle-ci s’écoule ensuite vers un collecteur et est remontée par de puissantes pompes vers la nouvelle piscine à eau de mer de La Baule.

En permettant à l’eau de mer de s’évacuer ainsi, le sable pourra devenir plus compact, mieux résister aux vagues et ainsi, rester en place.

Ce procédé d’origine danoise fonctionne déjà par chez nous, en particulier aux Sables d’Olonne.

Ci-dessous, deux images de ce nouveau chantier.

Le sable : Enquête sur une disparition

Le sable : Enquête sur une disparition

Mais bien sûr, cette technique coûteuse ne pourra être mise en place qu’en de rares endroits. Là où les communes ont un grand intérêt à protéger leur littoral et surtout, là où elles ont les moyens de le faire.

Pourquoi j’écris cet article aujourd’hui ?

Parce que je suis passé cette semaine sur la plage du Pouliguen, celle de mes souvenirs d’enfant et d’adolescent. J’y ai vu comment la commune, tout comme celle de La Baule à proximité, gère cette situation : Elle a acheté du sable qu’elle a tout simplement étalé sur la plage.

J’apprends donc que ma commune, elle aussi, manque de sable.

On se croirait dans une station de montagne qui ajoute, à grands frais, de la neige artificielle sur ses pistes de ski. De nos jours, les stations balnéaires achètent du sable pour leurs plages. C’est le mois de juin, les vacanciers vont arriver, la plage doit être au top.

Sable plage du Pouliguen

Pourquoi en sommes nous arrivés là ?

Le sable ne fond pourtant pas comme neige au soleil !

Une des premières choses qui m’a frappé au Pouliguen depuis mon retour de Calédonie, c’est le peu d’eau qui restait dans le port à marée basse. Ce port est de plus en plus ensablé ! Là où auparavant il y avait 1 à 2 mètres de sonde, les bateaux sont aujourd’hui posés sur la vase à chaque marée basse. Le port doit être dragué chaque année pour permettre à la plupart des bateaux de rester à flot, mais c’est de pire en pire.

C’est le délire en fait, un grand cercle vicieux.

Pourquoi ces communes sont-elles obligées d’acheter du sable pour leurs plages ? Pourquoi ce sable ne reste t’il pas sur la plage comme il l’a pourtant fait pendant des siècles ? Pourquoi le port de plaisance se comble ?

Est-ce les constructions sur le littoral qui empêchent le sable d’aller s’accumuler plus à l’intérieur pour former les dunes couvertes de pins qui autrefois formaient le paysage de la baie ?

Est-ce le fait que les courants soient modifiés par la construction de ports en eau profonde ? (Le port de Pornichet a forcément perturbé la circulation des courants en baie de La Baule).

Ou bien, est-ce le fait que l’eau monte à cause du dérèglement climatique global ?

Est-ce l’extraction de sable au large ?

Est-ce à cause du fait que la Loire n’apporte plus la dose de sable qu’elle apportait sur le littoral avant la construction des barrages et des écluses qui jalonnent son cours ?

Est-ce que c’est un peu de tout ça ?

En tout cas, une fois de plus, le problème est clairement de nature anthropique : Nous modifions notre environnement et les conséquences se voient et se font sentir. Quand ces conséquences nous posent un problème, on pose un voile dessus sans trop se poser de question. Surtout, il ne faudrait pas que cela se voit et que cela nous oblige à stopper d’autres projets en cours ou à venir (cf croissance – chômage, etc…).

Au lieu d’aller à la racine pour changer les choses, on utilise des solutions pour palier aux problèmes de façon provisoire.

Le sable s’en va ? On n’a qu’à en acheter !

Les professionnels, les ingénieurs, les scientifiques, les écolos nous avaient prévenus ?

Ce n’est pas la peine d’en faire un plat, ce qui est fait est fait, alors ce n’est pas la peine de la ramener.

La solution c’est de stopper la croissance, il suffit d’ouvrir les yeux. On nous a prévenu depuis des lustres, ce raisonnement est d’une logique implacable. Mais l’admettre n’est pas encore « politiquement correct », et ce n’est pas encore dans le logiciel mental de beaucoup.

Arrêter de croître infiniment n’est pas dans l’intérêt de ceux qui décident de toute façon.

Tout cela me fait furieusement penser aux alertes gravissimes et répétées de la communauté scientifique.

Tout cela me fait furieusement penser à ces millions de gens dans les rues du monde entier qui demandent à nos dirigeants d’en finir avec notre système de consommation de masse mortifère. Que l’on relocalise nos productions, que l’on cesse le gaspillage absurde de nos ressources, que l’on prenne simplement en compte la menace existentielle qui pèse sur nous.

Tout cela coûte cher ! Qui paye ?

Le plus formidable, c’est que les impacts des décisions prises dans le passé, c’est toujours les mêmes qui les assument. Nous, les citoyens contribuables. Jamais les industriels qui les ont réalisés ou les élus qui ont signé les contrats. (Et qu’on retrouve parfois par la suite salariés chez ces mêmes industriels d’ailleurs).

Certains n’ont aucun intérêt à ce que les choses changent. En toute situation, il y en a qui savent tirer leur épingle du jeu.

Mais comment ferons-nous quand le prix du sable augmentera ? Et s’il devenait trop cher pour la commune ? Que se passerait-il, à quoi ressembleraient nos plages sans l’apport de ce sable ? À quoi ressemblera la plage dans 30 ans ?

Il va venir d’où le sable qui nous manquera ? D’une autre planète ? ALLÔ ? ALLÔ ?

Les politiques menées ont des conséquences. Les résultats sont devant nos yeux, mais nous sommes encore trop peu nombreux à les voir.

Un extrait de ce documentaire à voir absolument !

 

Vous trouverez ce documentaire intégral sur le lien ci-dessous. Il vaut largement les 3 euros qui sont demandés pour le visionner, soutenir ce genre de travail d’information a du sens :

Le Sable, enquête sur une disparition

Vous trouverez également un peu de lecture pour en savoir plus dans l’article du magazine « Science et Avenir » : Les marchands de sable s’attaquent au littoral

 

Patrick Belliot

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