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L’hélice à mise en drapeau Kiwiprop

L’hélice à mise en drapeau Kiwiprop
13 juillet 2018 Patrick Belliot

Notre hélice Kiwiprop

Hélice Kiwiprop

L’hélice Kiwiprop, une hélice à mise en drapeau

Notre hélice à mise en drapeau Kiwiprop a été montée sur FIDJI juste avant notre départ pour le grand voyage en août 2008. Il s’agit d’une hélice particulièrement innovante avec des pales symétriques qui se mettent en drapeau. Le corps est en inox et les pales en matériaux composites.

Il faut bien distinguer, parmi les hélices qui permettent de limiter la traînée lorsque l’on navigue à la voile, les modèles à mise en drapeau et les modèles repliables. Sur une hélice repliable, les pâles se replient sur elles-même avec la vitesse. Il s’agit par exemple des modèles « becs de canards » de diverses marques, mais aussi des hélices Volvo, Gori, Flexofold ou les Bruntons Autoprop.

Sur les hélices à mise en drapeau, comme la MaxProp ou la Kiwiprop, ce sont les pâles qui pivotent pour s’orienter dans le sens du flux. Elles sont donc forcément symétriques et donc forcément moins performantes lorsque le voilier est au moteur. Je vais y revenir plus bas.

Le fait est qu’avec mon métier de skipper et de moniteur, j’ai eu l’occasion de tester de nombreuses hélices différentes, sur des petits voiliers monocoques comme sur des grands, ainsi que sur des catamarans 38 à 60 pieds comme les Eleuthera par exemple. J’ai donc un certain recul, surtout parce que j’ai eu pas mal « d’emmerdements ».

Ci-dessous, le genre de comparatif que j’ai épluché à fond avant de faire mon choix :

Comparatif hélices

La Kiwiprop, une bonne idée ?

Malgré tous les soucis que j’ai pu avoir avec cette hélice, je ne la déconseille pas complètement. Disons que pour le grand voyage, ce n’était pas forcément le meilleur choix.

Au départ, cet achat était essentiellement motivé par le fait que nous avions un inverseur à commande hydraulique. Avec ce type de commande, il n’est pas possible d’embrayer et de bloquer l’arbre d’hélice une fois sous voile, le moteur coupé. Je voulais donc une hélice qui se mettrait en drapeau y compris si l’arbre restait libre.

Deuxième point, elle était bien moins chère que les autres. Mais j’ai appris à me méfier de ce critère de décision. Acheter moins cher peu coûter…très cher ! Je m’en doutais mais là j’en ai la certitude. Perdre du temps au sec dans un chantier parce que l’on attend une pièce pour son hélice défectueuse, c’est très frustrant. Et cher. Personne ne rembourse le temps perdu à cause de la douane qui bloque le colis pendant des jours et des jours.

Mais d’abord quelques précisions.

Les problèmes que nous avons rencontrés avec l’hélice Kiwiprop

Avant toute chose, je dois préciser que la société RP Magne, qui importe et revend cette hélice néo-zélandaise en France, a tout fait pour nous aider lorsque nous avons été « embêtés » par cette hélice. Le service a été irréprochable et les réponses professionnelles.

Autre chose, nous avons été parmi les premiers acheteurs de la Kiwiprop. Et je sais qu’ils ont tenu compte des soucis rencontrés par les premiers clients pour améliorer progressivement leur hélice. Les problèmes que nous avons eu sont donc à relativiser. Comme je le dis plus haut, la Kiwiprop reste une bonne hélice et un bon choix pour certains types d’usages.

Voilà ce qui s’est passé :

Cône en Delrin cassé (Grenade juillet 2009)

Non, nous n’avons pas pris de cordage dans l’hélice, il a cassé tout seul.

Entre temps, le constructeur a changé de matériaux, celui d’aujourd’hui est noir alors que celui que nous avions à l’époque était blanc. Il n’empêche que nous sommes restés coincé au sec à cause de ça à Grenade, que la douane nous a terriblement fait attendre parce qu’il y avait le carnaval.

Ils n’avaient pas envie de se presser à nous donner notre colis.

RP-Magne de son côté a été très pro et réactif. Après tout, ils n’y peuvent rien si les douanes traînent les pieds.

Sur cette première panne, nous n’avons payé « que » les frais de douane et de chantier. Kiwiprop ayant reconnu que le matériau utilisé présentait une faiblesse. Voyez sur la photo ci-dessous…

Hélice Kiwiprop cassée

Bref, une fois le colis ENFIN reçu, l’hélice remontée et le voilier remis à l’eau, nous avons pardonné et continué notre voyage avec la Kiwiprop.

Rouleaux de marche arrière cassé (Marquises 2010)

Non, nous n’avons toujours pas pris de cordage dans l’hélice. Cette pièce a, elle aussi, cassée toute seule comme une grande.

De diamètre 6 mm, ces petits rouleaux encaissent le chocs des pâles quand elles passent en marche arrière. Ce choc est violent et déforme même l’intérieur des pâles qui finissent par se creuser.

Nous étions arrivés aux Marquises, nous vivions un rêve exceptionnel. Un matin, à Nuku Hiva nous levons l’ancre pour une traversée de 5 jours vers l’archipel des Tuamotus.

C’est alors que…bizarre, un claquement dans l’hélice. J’attrape mon masque, je vais voir et là je suis vert. En fait il manque un rouleau de marche arrière, il a été cassé net.

Vous voyez un de ces trois rouleaux au milieu de l’image ci-dessous.

Hélice Kiwiprop rouleaux marche arrière

Du coup, quand je passe la marche arrière, une pâle vient se coincer dans l’autre.

Heu, ça ne fonctionne pas bien une hélice de ce genre.

Une fois coincées, même lorsque je repasse la marche avant, les pâles restent coincées. C’est vraiment la merde. Mais par contre, si je débloque les pâles à la main en apnée et que je reste uniquement en marche avant, là, ça fonctionne.

Je peux donc naviguer, mais je ne peux plus passer la marche arrière.

Aux Marquises, au bout du monde et plus de marche arrière

Nous prenons la décision de continuer comme ça jusqu’à Raiatea, et nous naviguons donc pendant plusieurs mois sans pouvoir passer la marche arrière. J’ai rêvé de Marquises et de Tuamotu depuis tant d’années, je ne vais pas me laissé gâcher la vie par une hélice ! Nous réussissons à naviguer y compris dans des endroits un peu chaud, mais sans marche arrière, nous avons pris quelques risques. Et cela m’a un peu gonflé quand même.

Par la suite à Raitea, après moultes réflexions et organisation, je démonte la Kiwiprop équipé d’une bouteille de plongée et muni d’un extracteur prêté par le chantier. Je fais ça à un endroit où l’eau est très claire, un jour de grand calme mouillé sur 3 mètres de fond de sable pour le cas où je ferais tomber quelque chose.

Une fois démontée et dans le cockpit, je constate que les rouleaux de marche arrière, à l’origine soit disant « serrés et bloqués à la Loctite frein filet », n’étaient plus bloqués du tout : Ils se dévissent facilement avec deux doigts et je constate que les rouleaux qui n’ont pas cassés étaient déjà bien pliés !

Ils allaient péter tôt ou tard eux aussi. Voilà ci-dessous à quoi ils ressemblaient quand je les ai démonté :

Rouleaux de marche arrière hélice Kiwiprop

Mon analyse, c’est qu’avec les vibrations sur l’arbre, les rouleaux se sont légèrement dévissés. Le filetage devait être insuffisamment collé. Le couple de force alors exercé sur ces visses au moment du choc avec les pales était trop fort. Cela les a tordu jusqu’à ce que l’une d’entre elle casse. Sur les conseils de Mr Magne, je les remplace par du diamètre 8 mm (c’était du 6 mm) qu’il m’envoie rapidement.

Mais pour percer et tarauder à 8 mm dans ce genre d’inox de super qualité, je dois faire appel à un tourneur à Raiatea. Il s’en occupe (ce fût difficile), puis il remonte et recolle les nouvelles visses en 8 mm à la Loctite frein filet sur la Kiwiprop.

Puis c’est reparti, je replonge et remonte mon hélice.

Mr Magne, l’importateur, me dit alors qu’il va signaler ce problème au constructeur en Nouvelle Zélande. Pour ma part je pense qu’il faut mettre du 8 mm d’office sur TOUTES les nouvelles hélices Kiwiprop de cette taille. Et pourquoi pas, trouver un autre système que la Loctite pour bien bloquer ces visses.

Moi qui inverse la rotation (passe la marche arrière) seulement quand c’est nécessaire (je navigue doucement dans les ports), j’ai vraiment été surpris de casser un de ces rouleaux. Pour le coup, c’est une autre vraie erreur de conception, mais elle aussi, facile à corriger.

Est-ce que cela a été fait aujourd’hui ? Franchement je n’en sais rien, à vous de leur demander si vous souhaitez acheter une Kiwiprop !

Pour finir, le ressort interne casse lui aussi (Raiatea, Polynésie française, Juillet 2012)

Et oui, à l’intérieur de l’hélice se trouve un ressort assez gros et puissant pour recentrer l’ensemble dans l’axe. Je ne sais pas de quel métal il est composé, mais il n’est pas en inox à priori. En tout cas, le nôtre à cassé, un beau jour de Juillet 2012.

Et là s’en était trop.

Quatre ans après son installation, je dépose définitivement la Kiwiprop. Je procède toujours au même endroit avec des bouteilles de plongée et un extracteur (indispensable). Puis je réinstalle une fois pour toute notre bonne vieille tripale fixe en bronze.

Ensuite je commande un ressort neuf et des pâles neuves et je mets la Kiwiprop en vente dans les petites annonces locales. Elle est partie rapidement. Son nouveau propriétaire ne devrait, je l’espère, ne pas avoir de nouveaux souci avec. Car en fait j’en ai changé des choses dessus, elle est MIEUX QUE NEUVE !

En tout cas, je lui ai raconté tout ce qui nous est arrivé, car je ne suis pas du genre à mentir pour vendre quoique ce soit. (Certains disent que ça fait de moi un mauvais vendeur…chacun sa conscience). Bref, il l’a acheté en connaissance de cause. Et comme je n’ai jamais eu de nouvelle de lui, je suppose que ça s’est bien passé. Tant mieux !

Notre bonne vieille hélice tripale fixe

Depuis lors, nous naviguons avec l’arbre libre qui tourne sous voile, nous nous en accommodons très bien finalement. Si la bague hydrolube est bonne et que l’arbre d’hélice est bien aligné, ce n’est pas un problème de laisser tourner. Notre tripale fixe est bien plus performante lorsque nous sommes au moteur, elle ne claque pas lorsque j’inverse, elle ne tombe pas en panne une fois par an. Nous ne sommes plus embêtés de ce coté là et franchement je n’aurais pas dû acheter cette Kiwiprop. C’est la conclusion que je tire de cette expérience.

Certes nous sommes moins performant à la voile, mais je préfère perdre en vitesse plutôt que de devoir subir à nouveau des problèmes techniques. Et franchement, l’alternative des hélices à 3000 Euros (c’est le prix de mes préférées, les Volvo et surtout Autoprop que j’ai eu l’occasion d’essayer sur d’autres voiliers), j’ai tout simplement d’autres priorités.

Conclusion, faut-il acheter l’hélice Kiwiprop ?

Oui, si votre objectif est de gagner en performance et d’économiser des sous par rapport à des modèles de qualité supérieure (les repliables !). Oui aussi si vous êtes en mesure de récupérer des pièces facilement en cas de problème.

Par contre, si l’objectif c’est le grand voyage, non. Il faut choisir la fiabilité et la performance au moteur, auquel cas une tripale fixe c’est le top. Ou alors si vous voulez absolument réduire la trainée, choisissez une repliable Volvo, Autoprop ou Flexofold, c’est plus cher, mais si vous avez les moyens c’est le top.

La forme d’une pâle est fondamentale pour sa performance au moteur, c’est pourquoi les fixes sont les meilleures, puis viennent les repliables qui ont des pâles ayant des formes proches des pâles des hélices fixes. Les moins performantes sont les pâles symétriques, qui restent cependant aussi puissantes en avant qu’en arrière, un petit avantage pour elles.

Mais l’objectif étant de faire de la voile…Ce sont des considérations à prendre sur des angles différents en fonction du type de voilier, du programme, et du budget…

Bonnes réflexions pour vos achats, je reste disponible si vous avez envie d’en parler !

Ci-dessous, une photo de 2012, je m’apprête à remonter la tripale fixe…

Changement d'hélice pour le voilier

 

Patrick Belliot

Mata’i Nautisme

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